|
Le théâtre pose un masque sur les êtres, mais
dans le masque il y a des trous. Ce sont les trous du masque qui
lui confèrent sa théâtralité. L'acteur
colle son visage contre l'envers du masque et communique avec le
spectateur à travers les trous. Le spectateur, lui, se place
à une certaine distance du masque de telle sorte qu'il ne
voie plus les trous, que les trous " ne le gênent plus
", mais il n'oublie pas tout à fait qu'il y a des trous,
il exige qu'il y ait des trous pour " sentir " l'acteur
juste ce qu'il faut. Le théâtre est confrontation perpétuelle
avec la réalité toujours présente du corps
de l'acteur. C'est au point que le masque peut devenir l'objet de
diverses manipulations. L'acteur peut passer devant le masque et
le regarder avec le spectateur, il peut même inviter le spectateur
à regarder derrière le masque. Mais ceci ne veut pas
dire que l'acteur cesse de jouer, de suivre les règles du
jeu. L'acteur ne peut que sauter de masque en masque, s'il fait
mine d'en ôter un c'est pour en reprendre un autre, fût-ce
celui du " montreur de masques ". L'acteur ne peut être
un autre, il ne peut non plus être lui-même, il doit
évoluer perpétuellement entre les deux, en perpétuelle
création de " paraître ". Et ce jeu de, masques,
en réalité, démasque.

Bourgaux,
J. (1973). Possessions et simulacres: aux sources de la théâtralité.
Paris: Éditions EPI, 87p.

|